Felix Burrichter sur la fascination du modernisme

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Ray & Charles
EAMES:
la vie est un
classique !

Les designers Américains Ray et Charles Eames conçurrent des classiques de l'ère moderne en réunissant fonctionnalité et charme. La poussette PRIAM de la gamme CYBEX PLATINUM est un hommage à la force novatrice ayant animé l'œuvre de leur vie.

Ce n'est peut-être pas un hasard que ce soient deux Américains qui ont enrichi l'architecture et le design du modernisme classique: le coup d'oeil et l'humour. Le style Bauhaus associait toujours les formes à l'idéologie. Les mauvaises langues diront que le travail était effectué selon le principe « la forme suit la religion ». Ray et Charles Eames procédèrent selon un principe quelque peu différent : ils prirent le monde comme il était - et ils l'ont amélioré. C'est au cours de la deuxième guerre mondiale que le couple idéal du design américain fit connaissance; lui était architecte diplômé, elle était artiste. Ils commencèrent par concevoir des attelles, des civières et des pièces d'avion pour l'armée américaine. Ce qu'ils retinrent de cette époque fut une curiosité marquée pour la faisabilité de choses avec des moyens limités et la manière de tirer de nouvelles propriétés et qualités des matériaux. Les décennies suivantes virent le couple révolutionner la conception du beau et de l'utile. Leur influence se ressent aujourd'hui encore. Aucun appartement du quartier Mitte de Berlin, de Barcelone ou de Williamsburg ne comporte pas au moins l'une de leurs créations, qu'elles aient été achetées aux puces ou neuves. En effet, contrairement à de nombreux autres classiques du mobilier, les chaises de Ray et Charles Eames sont restées fidèles à leur idée de départ. Même neuves, elles restent relativement abordables et elles gardent un aspect agréable, quel que soit leur âge. Certes, il convient d'employer le mot âge avec précaution, mais : - Ils sont absolument classiques.

»The DETAILS are not the details.
The DETAILS make the DESIGN

Charles Eames

Qu'est-ce qui fait un classique? L'observation des plus grands succès de Ray et Charles Eames permet de le démontrer. Le modèle « Eames Plastic Side Chair » n'est en fait que du plastique plié pour obtenir une assise et un dossier correspondant à l'anatomie humaine, puis vissé sur un châssis en fil métallique. Cette simple ébauche a permis de combiner deux matériaux de manière novatrice, le plastique étant débarrassé de l'odeur bon marché et la construction métallique évoquant la fonctionnalité extrême de l'ère industrielle. Et aussi : Le modèle « Eames Plastic Side Chair » peut être modulé à volonté: autres pieds, fonctions de bascule, large palette de couleurs. Pour Ray et Charles Eames, le design devait être fonctionnel - et fun.

La « Lounge Chair » était le fruit d'une volonté d'exploration. Depuis les années 30, Eames expérimentait la technique de pliage du bois en trois dimensions. Cette ébauche de 1956 fut la solution au défi qui permit aux designers de poser un jalon encore valable actuellement. Inspirée par la simplicité géniale, la fonctionnalité et la beauté de cette expression du design, l'équipe de conception CYBEX s'est posé la question suivante : « comment Ray et Charles Eames interpréteraient-ils la poussette s'ils vivaient à notre époque? ». Le résultat final se devait de traduire les normes esthétiques et fonctionnelles en une poussette rendant hommage au couple de designers. Et nous y voilà : la poussette PRIAM est résolument stable et universelle tout en incarnant une forme d'une légèreté et d'une intemporalité incomparables. La poussette PRIAM est une révérence à l'héritage laissé par Ray et Charles Eames. Leur maxime: « The details are not the details. The details make the design », CYBEX l'a appliquée de manière cohérente à la conception de cette poussette haut de gamme.

Interview

Felix Burrichter sur la fascination du modernisme

L'architecte Felix Burrichter est rédacteur en chef et directeur artistique du magazine d'architecture new-yorkais Pin -Up. Outre des entretiens avec des architectes contemporains influents, le magazine explore des phénomènes culturels théoriques et dépiste les courants de design avant-gardistes avec des photographies novatrices. Eva Munz s'est entretenue avec Felix Burrichter sur la fascination continue du modernisme californien.

Monsieur Burrichter, où trouve-t-on les origines de l'esthétique du modernisme californien, toujours aussi apprécié de nos jours?

Ce que nous entendons aujourd'hui par modernisme californien, parfois également connu sous le nom de « modernisme de Los Angeles », est le résultat direct de la deuxième guerre mondiale. La variante californienne du modernisme architectural a commencé sa conquête avec le programme des « Case Study Houses ». En 1945, le magazine Arts & Architecture lançait un concours visant à mettre à disposition des possibilités de logement à chaque jeune famille. Des millions de personnes revenant de la guerre devaient retrouver un foyer. À l'époque, les banlieues résidentielles désormais emblématiques de l'Amérique actuelle n'existaient pas encore. Il y avait des quartiers résidentiels, mais le rêve d'une famille de quatre personnes habitant une maison à elle et au vert n'avait pas encore été concrétisé. L'idée du magazine était de mener une sorte d'étude de cas sur la vie moderne. Huit architectes comme Sumner Spaulding, Eero Saarinen, Richard Neutra, Pierre Koenig ou Ray et Charles Eames furent invités.

Pourquoi cette époque continue-t-elle de fasciner encore aujourd'hui et qu'est ce qui explique ses origines en Californie?

C'était une époque plus simple, pleine d'espoir. Le rêve américain emblait accessible à tout citoyen américain. Le Los Angeles des années 40 n'était pas très densément peuplé, il y avait de l'espace et des terrains constructibles. Tout pouvait être planifié généreusement. On était loin du Moloch urbain que nous connaissons aujourd'hui. De nombreuses terres en friches jonchaient l'espace entre Downtown L.A. et Hollywood, les collines d'Hollywood étaient encore inhabitées pour la plupart, et la chaîne de collines de Mulholland Drive ne comportait que quelques maisons éparses. Lorsque tant de terrain est disponible, inutile de construire des unités d'habitation du type Cité Radieuse par Le Corbusier.

Les conditions climatiques de la Californie ont, elles aussi, certainement joué un rôle.

Tous ces facteurs ont contribué à faciliter ce phénomène. La célèbre maison de Charles et Ray Eames se trouve par exemple à Santa Monica. La construction d'une maison sous cette forme sur la côte est aurait été difficile, rien qu'en raison de l'isolation. Il était consciemment demandé aux architectes de la Case Study Houses, parmi lesquels on comptait le couple Eames, d'employer de nouveaux matériaux. Nombreux étaient ceux qui avaient travaillé dans la production du fait de l'industrie de la guerre et pour qui c'était là une première expérience dans ce secteur. Mais il était également important que les matériaux employés ne soient ni rares, ni chers, car le principe cardinal était que les maisons soient relativement bon marché à construire et ainsi accessibles au plus grand nombre.

»Chaque expression esthétique
reflète une personnalité«

Felix Burrichter

Les maisons Case Study convoient, contrairement aux courants architecturaux comparables comme Bauhaus, une légèreté incroyable.

Il y a plusieurs raisons à cela. Le verre confère transparence et légèreté. Une maison aux baies vitrées sur tous les côtés projettera toujours une impression d'ouverture particulière. Bien entendu, sa situation géographique joue également un rôle particulier : le paysage magnifique, l'océan Pacifique, le climat agréable. Et n'oublions pas la proximité d'Hollywood. Hollywood a, bien entendu, répandu un certain glamour sur ses alentours. La proximité d'une industrie dont la mission consiste à divertir, a influencé le mode de vie californien. Mais le facteur principal ayant contribué au succès de l'architecture Case Study est sa mise en scène par le photographe Julius Shulman. Ses photos soigneusement chorégraphiées ont largement contribué à la renommée mondiale des maisons et au fait qu'elles aient été citées et reproduites.

Selon vous, quelle est la photo qui a déclenché cet engouement?

La plus célèbre d'entre toutes est vraisemblablement le cliché en noir et blanc de Shulman pris en 1960 de la Case Study House #22 de l'architecte Pierre Koenig, portant également le nom de « Stahl House ». Le cliché montre la maison aux baies vitrées généreuses de nuit et prise sous un angle donnant l'impression que le bâtiment flotte au-dessus de Los Angeles. Deux dames en robes de soirée élégantes sirotent des cocktails dans une atmosphère détendue. Depuis cette photo, cet endroit a été le décor d'une multitude de clichés publicitaires et de mode. La maison n'est en fait pas vraiment grande ; deux chambres à coucher, le salon n'est pas particulièrement spacieux et la piscine apparaît toujours plus grande sur les photos qu'elle ne l'est en réalité. Mais son pouvoir d'attraction est incroyable. Cela avait déjà été le cas avec la « Desert House » de Palm Springs, conçue en 1946 par Richard Neutra, que Shulman a génialement immortalisée : les Kaufmann en train de se faire bronzer au bord de leur piscine. Cette maison fut vendue aux enchères en 2007 par Christie’s pour la somme spectaculaire de 19,1 millions de dollars, une plus-value à laquelle la photo géniale de Shulman n'est certainement pas étrangère.

Les courants qui ont suivi ont souvent mal vieilli et paraissent incarné une nostalgie désuète. À quoi cela est-il dû?

Les photos de Shulman donnaient à beaucoup de ces maisons un aspect intemporel, même s'il ne faut pas oublier que les Case Study Houses ont connu leurs heures d'obsolescence dans les années 80 car elles ne répondaient plus aux besoins de la petite famille américaine pour laquelle elles avaient été conçues à l'origine. Mais leur simplicité et le dépouillement presque minimaliste de leur design parvinrent sans peine à les redécouvrir dans les années 90 et à leur rendre le statut de symbole.

De nos jours, l'esthétique du milieu du siècle dernier est plus associé à un appartement raffiné de célibataire qu'à un logement familial.

Et, à défaut de l'associer au statut de célibataire, on projette tout au moins quelque chose de haute qualité, d'élitiste, d'une esthétique exclusive. Et c'est en fait le contraire absolu du symbolisme d'origine de ces maisons : bien construite, bien conçue, claire, durable, mais aussi abordable. La plupart de ces maisons coûtent désormais une fortune.

Mais les meubles Eames étaient-ils abordables à l'époque?

Les meubles Eames n'ont jamais été bon marché car ils impliquaient des méthodes de fabrication novatrices. En outre, à cette époque, on attendait d'une chaise de ce type qu'elle dure au moins 30 ans. Ce que l'on appelle aujourd'hui produit durable était important. Les stratégies bon marché des fabricants de meubles souhaitant que les choses s'abîment pour pouvoir en vendre de nouvelles n'étaient pas aussi omniprésentes. Et, dans le cas de Eames, la stratégie de durabilité s'est bel et bien avérée. Ces meubles sont de véritables classiques.

Comment décririez-vous votre propre style? À quoi ressemble l'intérieur de votre appartement?

Personnellement, j'aime aussi le classique, une sobriété presque cliché, comme l'on se l'imagine d'un architecte. Il est rare que les couleurs de mon intérieur s'aventurent au-delà de la palette noir et blanc. J'adore les couleurs, mais sous la forme de fleurs, la plupart du temps. Elles présentent l'avantage non négligeable qu'on peut les jeter sans avoir mauvaise conscience quand on les a assez vues.

En a-t-il toujours été ainsi ? Qu'est-ce qui caractérisait votre chambre d'adolescent dans votre maison familiale en Allemagne ?

Tous les meubles de ma chambre étaient du véritable Interlübke, avec une table Eames carrée d'Herman Miller, qui était l'ancienne table à manger de mes parents et qui me servait alors de bureau. Le seul écart dont je puisse me rappeler était une collection de posters de Madonna, dont j'avais tapissé l'un des murs de ma chambre dans son intégralité, de haut en bas. Cela devait être en 1991/92, Madonna venait de faire paraître son livre, SEX et ma puberté se faisait pressentir. Ma mère était effarée. Je n'ai pu garder les posters qu'à la condition qu'ils restent hors de sa vue. Je les ai donc pendus sur le mur situé derrière ma baignoire, ma mère pouvant ainsi tirer le rideau de douche pour ne pas les voir. J'ai donc dû commencer à prendre ma douche dans la salle de bains de ma soeur pour ne pas mouiller l'autel que je consacrais à Madonna.

Dans votre magazine PIN–UP, vous jouez savamment avec l'esthétique. Le sous-titre de votre magazine est « Magazine for Architectural Entertainment».

Dès le premier numéro, nous avons traité des choses généralement associées avec le mauvais goût. Personnellement, je ne fais pas cette distinction. Je trouve qu'il n'existe pas de mauvais goût... Sauf dans les comportements des gens. Dans ce domaine, il y a énormément de choses que j'appellerais de mauvais goût. Mais en matière de design, d'aménagement ou d'esthétique, je trouve en fait que cela n'existe pas du tout. Il s'agit tout au plus d'absence de goût. Dans PIN–UP, nous présentons souvent des choses qui ont été conçues ou fabriquées avec tant de travail, amour et soin qu'elles sont dignes d'une attention un peu plus prononcée. Je le concède, elles produisent un effet différent. Chaque expression esthétique reflète une personnalité. C'est ce qui m'intéresse.

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